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L’embodiment des émotions :

Je vous présente aujourd’hui « l’embodiment », que l’on peut traduire comme la cognition incarnée, ou encore l’art d’incarner ses émotions. Issu de la psychologie cognitive et sociale, j’ai découvert cette technique récemment. Peu connue en France, cette discipline s’est plutôt développée aux Etats-Unis à partir des années 80, d’où son nom anglais.

Ayant fait des études de psychologie, il me paraît intéressant d’associer mes connaissances dans ce domaine avec celles sur le bien-être. Elles sont pour moi complémentaires dans la recherche d’un bien-être holistique. Cet article vous permettra de mettre des mots savants sur des réactions ou émotions que vous avez au quotidien, de quoi impressionner vos proches !

 Un peu d’histoire…

L’importance des émotions sur notre système cognitif est étudiée depuis la fin du XXème siècle. Damasio, professeur en neuropsychologie, a réalisé en 1995 une étude auprès de patients atteints de lésions sur le lobe frontal du cerveau. Le lobe frontal est la partie du cerveau qui se situe vers l’avant, « front ». Damasio a remarqué que ses patients n’avaient aucun souci pour prendre des décisions classiques, mais que lorsqu’ils devaient prendre des décisions du domaine social ou personnel, ils n’y arrivaient pas. Ses patients, selon son étude, n’avaient en réalité pas de marqueurs somatiques qui leurs permettaient de prendre des décisions pour certaines situations.

Un marqueur somatique est un état du corps (émotionnel) lié à une situation agréable ou désagréable vécue dans le passé. Selon la situation vécue, le cerveau et le corps associent une émotion en réponse à celle-ci. Si une situation similaire venait à se reproduire, l’émotion associée ressurgirait pour orienter la décision de la personne. Ceci peut être vu comme une sorte de conditionnement émotionnel.

Selon Damasio, dans le présent, si une personne est confrontée à une situation mais qu’elle n’a pas de marqueurs somatiques (ou qu’elle n’en a plus à cause de sa lésion), elle ne pourra pas prendre de décision.

Les émotions sont donc importantes dans notre prise de décision, sur notre façon de percevoir une situation, et nous servent à créer des souvenirs qui nous seront utiles pour analyser des situations futures.

Qu’est-ce que l’embodiment ?

Il correspond à la manière dont nous évaluons une situation, objet ou concept en fonction de la position ou des mouvements de notre corps. Il explique également comment nos expériences « sensori-motrices » (qui relie une activité motrice à des sensations) influencent notre façon de penser.

Les représentations que les individus se font d’un concept dépendent de leurs expériences. Ces expériences, à leur tour, affectent leurs émotions, leur cognition (c’est-à-dire leurs pensées) et leurs comportements. L’embodiment explique également les phénomènes de jugement social. Par exemple, si un individu vit une interaction hostile avec une autre personne qu’il ne connait pas, il va par la suite réagir de manière plus inamicale lorsqu’il rencontrera une nouvelle personne.

L’embodiment a deux modes de fonctionnement :

  • « Le processus perceptuel bottom-up » ou traitement ascendant : Les informations sensorielles de l’environnement que notre corps reçoit (auditives, visuelles…) sont envoyées vers notre cerveau. Elles sont ensuite enregistrées dans notre mémoire et réactivées plus tard dans des situations similaires. On peut prendre l’exemple d’une personne qui s’est brulée une fois, et qui sera plus prudente que les autres lorsqu’elle cuisine près d’un four ou d’une plaque de cuisson. Il y a une réactivation inconsciente du souvenir de la douleur liée à la première brûlure.

  • « Le processus perceptuel top-down » ou traitement descendant : Penser ou imaginer une situation, objet ou concept, a un impact sur notre corps et notre comportement. Par exemple, si l’on pense à un citron, on peut aisément se rappeler de l’acidité dans notre bouche. Notre cerveau est donc capable de réactiver une représentation mentale sans être en présence de son stimulus de départ.

L’embodiment rejoint donc les recherches de Damasio sur les marqueurs somatiques. Analyser une situation, un objet ou seulement l’évoquer, impliquerait donc en plus de l’activation de composants sensoriels et moteurs, des composants émotionnels.

Pourquoi l’embodiment ? 

On comprend un peu mieux à la lecture des lignes précédentes, pourquoi ressentir une émotion est aussi importante dans notre vie.

Accepter ses émotions n’est pas une tâche facile dans notre société actuelle. On a tendance à les étouffer, les nier ou encore les bloquer.  Sur le long terme, cela peut avoir des répercussions sur le plan cognitif, affectif et comportemental non négligeables. Voici l’exemple tiré du livre de Roger Fiammetti « le langage émotionnel du corps », qui définit ce que l’on appelle l’approche somato-émotionnelle. Je la développerai si elle vous intéresse dans un prochain article, mais vous pouvez déjà constater des effets du blocage des émotions sur la colonne vertébrale :

Les conséquences de ces blocages interfèrent donc dans la vie professionnelle et personnelle sur le plan physique et relationnel, compromettant ainsi le bien-être de chacun et de l’entourage. Pour toutes ces raisons, l’embodiment semble intéressant. Cette technique est une nouvelle façon de voir le monde, d’agir et de penser, en acceptant ses émotions au travers de l’expression du corps. Elle permet de trouver des solutions plus appropriées dans une situation donnée par une meilleure maitrise de notre corps et de nos émotions. Elle nous apprend à être plus flexible.

Et en pratique, cela donne quoi ?

L’objectif de l’embodiment est d’incarner ses émotions, pour aller au-delà de ses barrières, de les accepter :

  1. Choisissez une émotion qui est prédominante dans votre vie, qu’elle soit agréable ou désagréable.
  2. Trouver un moment au calme, seul, avec une lumière faible, et mettez un chronomètre de 10 minutes.
  3. Vous allez maintenant incarner l’émotion choisie durant les 10 prochaines minutes. Centrez-vous sur votre corps, et laissez-le exprimer ce qu’il ressent lorsque l’émotion choisie survient, « bougez votre émotion ». Portez l’intention à l’intérieur de votre corps et demandez-vous quels sont les mouvements de cette émotion dans le corps, comment elle s’exprime.

Petites précisions :

Le but du jeu est de ne pas s’arrêter de bouger. Dans un premier temps, de nombreux blocages peuvent apparaître quant aux mouvements à faire. Il faut accepter ses doutes et le faire quand même. Vous pouvez commencer à quatre pattes ou en position assise et voir ce que votre corps fait pour vivre l’émotion choisie. Il faut essayer d’intégrer l’émotion avec son corps et non avec sa tête.

Cela permet de passer des paliers de prises de conscience que l’on n’a pas habituellement avec sa tête, d’entendre les messages de nos émotions et de s’affranchir de celles-ci.

Dédiez chaque session à une émotion.

Bénéfices de la technique :

Concernant les émotions pénibles/difficiles/désagréables, le but ici est de les apprivoiser et d’aller au-devant. Il faut ressentir l’émotion purement, ne pas résister. Il faut savoir qu’à l’origine, toute émotion est neutre. C’est notre façon de l’accepter ou d’y résister qui la rend douloureuse ou non. Ainsi, une émotion est douloureuse à travers la résistance qu’on lui oppose (peur, honte, colère). Si l’on n’accueille pas nos émotions et que l’on résiste, elles persistent.

Concernant les émotions agréables/positives, les incarner nous sert comme carburant dans nos journées. Leur fonction est de nous mettre en actions.

Mon avis après essais :

Je trouve l‘embodiment intéressant parce qu’il représente une nouvelle approche dans la gestion de ses émotions. Au départ, j’ai eu certaines résistances parce qu’il n’est pas simple de laisser son corps exprimer son émotion librement. Il y a également des émotions plus profondes et ancrées qui demandent plus de travail. Cependant petit à petit et à force d’essayer, j’ai fini par lâcher prise et à voir des bénéfices à cette pratique. Par exemple, si j’exprime une émotion le matin, je peux remarquer qu’elle ne prendra pas place dans le restant de ma journée.

J’ai constaté qu’en acceptant mes émotions plutôt qu’en les combattants, je suis plus à même de prendre des décisions justes pour moi. Les situations que je vis me paraissent donc plus agréables, et les marqueurs somatiques que je crée pour des situations futures seront donc relié à des émotions agréables.

Alors n’hésitez plus à essayer cette pratique et à m’en dire des nouvelles dans les commentaires, je serais ravie d’en discuter avec vous.

Avec toute ma bienveillance,

Marine

La publication a un commentaire

  1. Beuriot

    Génial cet article très complet.
    Vivons nos émotions !!
    Merci Marine de nous guider, à travers tes articles, dans l ‘expression d’un mieux être .
    Hâte de tester!

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